Quelle église pour demain ?

I. Le Chef de l'Église (Apoc. 1.4-20)

Dans l'histoire de l'Eglise, il y a une continuité, des constantes qui nous permettent de revenir à l’Ecriture, à ces textes inspirés du I siècle, qui sont toujours actuels et s’appliquent à notre situation présente. Je crois que les problèmes auxquels l'Église est confrontée sont toujours les mêmes, et leur solution est toujours la même. Et j'ai pensé qu'il ne serait pas indiqué de traiter le thème : « Quelle Église pour demain ? » sans commencer par le vrai point de départ, c'est-à-dire la Personne de Celui qui est le Fondateur de l'Église, notre Seigneur Jésus-Christ, qui a dit lui-même : « Je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. »

Je propose donc qu'avant d'examiner ensemble quelques-unes des lettres aux sept Églises d'Asie faisant l'objet des chapitres 2 et 3 de l'Apocalypse, nous méditions, au chapitre premier, sur la première des christophanies, c'est-à-dire des quatre visions du Christ glorifié qu'a eues l'apôtre Jean, car tout dépend, pour nous comme pour Jean, de notre vision du Seigneur et de notre relation avec Lui.

L'apôtre Jean nous dit quelque chose de profondément émouvant au premier chapitre de son Évangile, où nous lisons (v. 14) : « la Parole a été faite chair, elle a planté sa tente au milieu de nous, et nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique venu du Père ». Témoignage bouleversant de celui qui était l'ami intime du Seigneur, celui des disciples qui vivait le plus près de Jésus. Et s'il y avait un homme capable de déceler la moindre faille, la moindre imperfection, le moindre mouvement d'irritation ou de découragement chez le Seigneur, c'était l'apôtre Jean. Et c'est ce disciple qui, plusieurs dizaines d'années plus tard, alors qu'il était exilé dans l'île de Patmos, a eu cette vision merveilleuse du Christ, non d'un Christ incarné, mais d'un Christ glorifié.

Nous n'allons pas nous arrêter sur les différents titres donnés au Seigneur Jésus dans le chapitre premier de l'Apocalypse. Je vous encourage à les étudier à la lumière de l'Ancien Testament. D'ailleurs l'Apocalypse doit être comprise à la lumière d'un symbolisme qui vient, d'abord bien sûr du livre de Daniel, mais aussi de bien d'autres livres de l'Ancien Testament.

Dans cette première vision, qui le prépare à écrire les lettres qu'il devra adresser aux sept Églises d'Asie, Jean voit « quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme », rappel du livre de Daniel (7. 13). Il tient les sept étoiles et se déplace au milieu des sept chandeliers. Les sept étoiles représentent les Églises d'Asie, dont Éphèse était sans doute la première, l'Église mère. En effet l'apôtre Paul, dans sa stratégie missionnaire, allait toujours vers le centre urbain le plus important, car il pensait que c'était cette ville qui avait la clé de l’évangélisation de toute une région. Il est donc probable que les six autres Églises étaient les « filles » d'Éphèse. L'apôtre Jean, qui connaissait toutes ces Églises pour avoir demeuré à Éphèse, aurait pu être découragé, maintenant qu'il était exilé à Patmos et ne pouvait plus leur apporter son ministère apostolique.

Mais le Seigneur lui dit en substance, en se présentant avec les sept étoiles dans sa main droite, que, bien qu'il ne soit pas là, les Églises ne sont pas abandonnées. Et cela n'est-il pas vrai encore de nos jours ? Que de fois nous entendons parler de l'expulsion de missionnaires de tel ou tel pays. Je pense, par exemple, à la Chine continentale, d'où tous les missionnaires sont partis en 1951. Et pourtant, les chiffres qu'on nous donne sont stupéfiants : on a parlé de 50 millions de chrétiens en Chine communiste à l'heure actuelle ! En Angola, d'où les missionnaires ont été chassés par le régime marxiste en 1975, certaines Églises explosent littéralement et sont passées depuis de quelques milliers de membres à plusieurs dizaines de milliers. Non, elles n'ont pas été abandonnées par le Seigneur et ne le seront jamais.

Jésus marche au milieu des chandeliers, qui représentent les Églises. Nous avons là, je crois, une image de sa présence. Celui qui est glorifié et tout puissant, à qui le Père a donné toute autorité et toute puissance, est là au milieu des Églises, aussi faibles, infidèles et misérables soient-elles. Il est là pour surveiller, pour exhorter, pour avertir, pour juger et pour accorder aux Églises toutes les ressources dont elles ont besoin pour vivre et pour vaincre. Cela devrait déjà, d'emblée, nous encourager, car je sais que vivre dans une église, et surtout s'y engager, n'est pas chose facile !

Jésus se présente à Jean. Nous avons ici une description où l'apôtre fait appel à notre imagination poétique. Laissons-la agir, mais d'une manière sobre et dans la dépendance du Saint-Esprit, qui est là pour glorifier le Seigneur devant nos yeux et dans nos cœurs.

Que voyons-nous dans ces différents éléments de description ? Nous lisons d'abord, au v. 13, qu'il était vêtu d'une longue robe et portait une ceinture d'or sur la poitrine. Nous nous souvenons des habits que le Seigneur a portés sur la terre pendant son incarnation. D'abord les bleus de travail, tandis que ses mains étaient durcies par l'apprentissage dans l'atelier de charpentier de Joseph ; et c'est ainsi qu'il a ennobli le travail manuel. Puis, au chapitre 13 de l'Évangile de Jean, l'un des textes qui me bouleverse le plus, nous voyons le Seigneur enlever ses vêtements pour ne garder que l'habit d'un serviteur.

Et après avoir, selon Luc 22, fait des reproches à ses disciples qui voulaient savoir lequel serait le plus grand, II leur montre, par son exemple, le chemin à suivre et devient le serviteur de ses propres disciples, y compris de celui qui allait le renier et même de celui qui allait le trahir ! Puis dans Jean 19, au verset 23, lorsque les soldats partagent ses vêtements, il est parlé de cette tunique sans couture qui nous rappelle certains textes de l'Ancien Testament et les instructions données pour l'habit du souverain sacrificateur. Sur la croix, on a enlevé à notre Seigneur tous ses vêtements, tout ce qui rappelait sa dignité d'homme. Il est devenu un objet de mépris et de moquerie devant ses ennemis.

Dans la vision de Jean, Jésus était donc vêtu d'une longue robe, que je crois blanche bien que le texte ne le dise pas, mais l'Ancien Testament me porte à le croire. Il a une ceinture d'or sur la poi- trine. Je vois dans ces vêtements la robe du souverain sacrificateur dont il est question dans Exode 28 en particulier. Celui qui est descendu sur la terre et s'est donné pour nous est maintenant au ciel et continue son ministère de souverain sacrificateur dans l'intercession. Il est Celui qui nous représente auprès du Père, qui intercède, qui prie pour nous.

L'Écriture ne dit pas ce qu'il demande au Père, mais il nous suffit de savoir qu'il est là, notre représentant, et cela sur la base de son propre sacrifice parfait. Il met à la disposition de l'Église toutes les ressources dont elle a besoin. Il nous rappelle aussi qu'à son exemple nous sommes appelés à servir. La tâche du souverain sacrificateur est essentiellement une tâche de service, et la nôtre doit l'être aussi. Méfions-nous de toute ambition dans l'Église, du complexe du pouvoir tellement répandu même dans les milieux évangéliques.

Dans la contemplation de la robe que porte le Seigneur, notre désir de monter mourra, notre penchant à être servi disparaîtra, et nous désirerons ardemment servir à notre tour.

Cette robe, c'est aussi la robe royale, celle que porte le Roi des rois, Lui qui a reçu un sacerdoce royal unique en son genre, selon Melchisédek. Jean, voyant Celui qui est debout devant lui, va tomber à ses pieds comme mort, reconnaissant que Jésus est debout pour régner. Si je reconnais en Jésus portant cette robe mon Roi et mon Seigneur, je mettrai à ses pieds mon désir d'indépendance, ma volonté propre, et je lui dirai : Seigneur, je comprends que c'est ta volonté qui est bonne, agréable et parfaite. Je veux la connaître, l'aimer, la faire mienne et marcher dans cette voie.

Nous passons au verset 14 où nous lisons : « Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine, comme de la neige ». Nous avons là encore un écho de Daniel (7.9), où les cheveux de l'Ancien des jours sont blancs comme de la laine. Jean veut nous rappeler ici que c'est Jésus lui- même qui est l'Ancien des jours, comme le souligne aussi un autre verset de l'Apocalypse : « Celui qui était, qui est et qui vient », par lequel l'apôtre pour ainsi dire, traduit en grec de nom de Yahweh, l'Éternel, Celui qui n'a ni commencement ni fin, Celui dont l'origine remonte aux jours d'éternité, comme dit Michée. Jésus comme Homme venu sur terre est mort à l'âge de 33 ans, mais II vient de l'éternité et appartient à l'éternité.

'œuvre qu'il est en train d'accomplir dans l'Église, dans vos assemblées comme dans la mienne, a une portée éternelle. D'où son importance, et l'importance de l'église locale. C'est par l'Église que Dieu entend accomplir son œuvre sur la terre. Toutes les œuvres interecclésiastiques qui existent (Ligue, GBU, etc.) ne peuvent que compléter le ministère des églises, mais c'est l'Église qui est normative dans la pensée de Dieu. Et c'est pourquoi, dans la formation que nous donnons à Emmaüs, nous mettons l'accent sur l'église locale.

Nous travaillons avec Christ en vue de l'éternité. Aussi pouvons-nous lui apporter nos sujets d'inquiétude et de souffrance. Peut-être vous arrive-t-il, comme à moi, de vous réveiller en pleine nuit en pensant aux problèmes de votre assemblée et de dire au Seigneur : Seigneur, où va mon église ? Nous pouvons bien lui apporter nos angoisses et compter sur Lui, car II travaille en vue de l'éternité.

Mais les cheveux blancs ne parlent pas seulement de vieillesse. Oui, le Seigneur Jésus est l'Ancien des jours. Les cheveux blancs peuvent être aussi le résultat de la souffrance et du chagrin.

Jésus, c'est l'Homme de douleur, et ses cheveux blancs, Lui qui est mort jeune, ne seraient-ils pas consécutifs aux souffrances qu'il a connues ? Il a aussi porté nos souffrances et nos douleurs à la croix, et s'il est notre souverain sacrificateur aujourd'hui, c'est qu'il est sensible à toutes nos circonstances. Il connaît nos tentations, nos épreuves, nos faiblesses, nos luttes intérieures. Il les porte avec nous, II n'est pas insensible à ces choses, parce qu'il a connu tout cela. Nous pouvons tout lui apporter, laisser tomber nos masques et cesser d'essayer de porter les fardeaux tout seuls. L'amertume, la pitié de soi, tout cela peut et doit disparaître, pour faire place à un cœur en repos, libéré, guéri intérieurement, parce que nous connaissons Quelqu'un qui sait ce que c'est que la sympathie et la compassion.

Le troisième aspect de Christ qui nous est décrit concerne ses yeux, qui « étaient comme une flamme de feu », des yeux qui sondent jusqu'au plus intime de nos cœurs. Il connaît nos secrets, nos aspirations, nos fantasmes, nos pensées non contrôlées qui divaguent dans des directions que nous préférons cacher. Nous sommes parfois des énigmes pour nous-mêmes, il y a des choses que nous ne sondons pas, mais Jésus nous connaît parfaitement, II sait tout cela. Il connaît nos désirs les plus nobles comme les plus mauvais, rien ne lui est caché. De plus, II est là pour purifier nos consciences, pour nous transformer à son image et pour nous embraser d'amour pour Lui.

L'une des histoires de l'Ancien Testament les plus réjouissantes est l'histoire de Jacob. Quel chemin parcouru entre la première rencontre à Béthel avec l'Éternel (Genèse 28) et celle qu'il eut quelque 20 ans plus tard, après son expérience amère auprès de Laban ! Cet homme, avec tout ce qu'il avait de méprisable, ce supplanteur, ce calculateur, est devenu un prince avec Dieu ! Dieu n'a jamais désespéré, II ne l'a pas abandonné. Remarquez, cependant, que lors de la première rencontre, à Béthel, Dieu n'a posé aucune condition, II n'a fait que des promesses.

Jésus est celui qui nous connaît et s'occupe de tous nos besoins. Il est capable de pourvoir à tout et de prendre soin de nous. Comme Jacob, apprenons à abandonner nos propres solutions, à laisser tomber notre confiance en nous-mêmes, car Celui qui nous connaît et prend soin de nous, qui est à nos côtés pour nous sonder, mais aussi pour nous aider, peut nous donner assurance, confiance, transparence et sagesse nouvelles.

J'aimerais m'arrêter un instant sur la voix du Seigneur (v. 15) et sur sa main (v. 16 et 17). « Sa voix était comme le bruit de grandes eaux ». Je ne sais pas si vous vous êtes tenus près d'une grande cascade, mais lorsqu'on se trouve à proximité d'une masse énorme d'eau qui tombe dans le vide, il est impossible d'avoir une conversation avec son voisin. Cette voix représente la puissance et l'autorité du Seigneur. C'est la voix du Créateur, qui appelle les choses à l'existence. C'est aussi la voix qui appelle les hommes aux salut. Combien d'entre nous pourraient rendre témoignage à la puissance de cette voix qui les a atteints alors qu'ils étaient très loin du Seigneur ! C'est la voix du Sauveur, mais c'est aussi la voix du Juge, de Celui à qui le Père a confié la tâche, non seulement de ressusciter les morts, mais aussi de juger. Les hommes auront affaire à un Juge juste et équitable, qui a connu la condition humaine, mais saura juger avec autorité.

Nous sommes invités à nous mettre à son écoute. L'apôtre Pierre parlait beaucoup, mais il dut apprendre à se taire lorsque la voix du Père se fit entendre sur la sainte montagne : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection ; écoutez-le. »

Au verset 16 nous sommes appelés à contempler la main de Jésus, cette main qui tient les 7 étoiles. Elle nous parle de l'autorité de Celui qui maintient tout l'Univers, qui nous tient également, car nous sommes dans sa main, et sa main est dans celle du Père. C'est là la double garantie de notre sécurité éternelle. Nous sommes dans des mains sûres, même si les choses ici-bas doivent aller de mal en pis. Cela nous invite à ne plus choisir notre propre voie, à ne plus chercher à nous débrouiller tout seuls, à ne plus vivre dans l'indépendance.

La Bible ne nous compare pas à des aigles ou à des lions, mais à des brebis. Et nous avons un Berger, un bon Berger. Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir, mais nous savons qui en détient la clé, et nous sommes dans sa main. Main qui - chose étonnante - est tendrement posée sur Jean, au verset 17...

Si j'ai voulu m'arrêter aussi longtemps sur ce texte, avant d'aborder le sujet « Quelle Église pour demain ? », c'est parce que je suis persuadé que l'avenir de l'Église dépend essentiellement d'une chose, sa relation avec le Seigneur Jésus-Christ. Pouvez-vous dire avec moi : « J'aime Jésus ! » ?

On a reproché un jour à l'évangéliste Billy Graham d'être en retard sur son temps. Quelqu'un lui dit : « M. Graham, vous avez au moins un siècle de retard ». Il répondit à son interlocuteur : « Vous vous trompez, j'ai presque 20 siècles de retard ! Le message que je prêche remonte au 1er siècle de notre ère et il garde toute son actualité. »

Et c'est dans ce sens que, pour répondre à la question posée : « Quelle Église pour demain ? » je propose, non de faire de la futurologie, mais de regarder vers le passé, et même le passé lointain, à l'Église du 1er siècle, et de nous mettre à l'écoute de ce que l'Esprit dit à l'Église d'Éphèse, et par là même aux églises d'aujourd'hui, à la vôtre et à la mienne.

II. L'Église d'Ephèse (Apoc. 2.1-7)

Éphèse était l'une des villes les plus importantes du 1er siècle. Il y a eu 4 villes successives sur son emplacement. Celle où se situe notre texte était la troisième du nom. Fondée au 4ème siècle avant Jésus-Christ, elle a subsisté jusqu'au 6ème siècle de notre ère. La visite des ruines de cette vaste cité provoque encore aujourd'hui l'étonnement du voyageur.

Les fouilles, qui se poursuivent depuis près d'un siècle, ont permis de découvrir à ce jour environ 20 % de l'ancienne ville, qui comprenait à l'époque près de 400.000 habitants, ce qui était considérable pour l'Antiquité. On s'émerveille devant les ruines mises à jour : voies de marbre, forums, temples innombrables, dont trois dédiés aux empereurs romains (ceci pour s'assurer les faveurs de Rome). Le port a disparu par suite d'ensablement, et la mer est maintenant distante de 12 km.

C'était une ville cosmopolite. Toutes les races s'y côtoyaient, en particulier les Juifs, les Grecs et les Romains. C'était une grande ville de commerce, les caravanes y passaient, les marchands s'y arrêtaient et toute sorte de voyageurs s'y pressaient, ainsi que de nombreux marins qui y faisaient escale. C'était aussi un centre politique important, avec son propre gouvernement. Également un centre intellectuel, où fleurissaient l'étude des arts magiques et des pratiques occultes. Et surtout une ville d'immoralité, avec la pratique de la prostitution sacrée dans le temple de Diane, dont il ne reste que peu de vestiges. On y trouvait tout ce qu'on trouve aujourd'hui dans nos grandes cités d'Europe. Tout cela nous permet de mieux entrer dans les conditions, les joies et les peines de l'Église d'Éphèse.

La lettre que nous avons lue est la première des 7 adressées par Jean aux Églises d'Asie : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Celui qui parle nous est présenté comme tenant les 7 étoiles dans sa main droite et marchant au milieu des 7 chandeliers d'or. C'est le Seigneur, qui a les Églises dans sa main, qui est présent au milieu d'elles, qui connaît tout, Celui qui pourvoit, qui soutient, qui instruit, qui avertit, qui appelle, qui discipline.

Trois qualités de l'Église d'Éphèse : persévérance, discernement, discipline

C'est un plaisir d'entendre tout le bien que le Seigneur pense de l'Église d'Éphèse. Il lui fournit pour son passé un bon certificat. Trois choses bonnes la caractérisaient, la première étant la persévérance, mentionnée deux fois (v. 2 et v. 3). Quelle belle qualité, d'autant plus que le Seigneur dans son enseignement met constamment l'accent sur la persévérance et la fidélité. Lisez par exemple le discours de Matthieu 24 ou les textes parallèles de Marc et de Luc, et vous verrez que le Seigneur exhorte avant tout ses disciples à la fidélité. Il en est de même dans la parabole du serviteur fidèle, celle des 10 vierges et celle des talents, où la ligne de force est cette qualité qui est d'une très grande valeur à ses yeux. La persévérance dont il est question ici n'est pas une sorte de

résignation passive, mais plutôt cette qualité qui doit marquer l'athlète dans le stade ou le laboureur dans son champ, ou le soldat qui va jusqu'à la limite de ses forces.

A. Tozer disait quelque part dans l'un de ses ouvrages que le serviteur de Dieu est par définition un homme fatigué. Mais si le moteur ne tire plus, s'il cale (et c'était là le problème d'Éphèse), l'Église continue en roue libre, elle va sur sa lancée, mais sans inspiration. À tel point qu'un auteur a pu dire que si Dieu enlevait aujourd'hui le Saint-Esprit, environ 95 % de ce que nous faisons dans nos églises continuerait, et nous ne verrions pas la différence. Troublant, n'est-ce pas ?

Éphèse était aussi louée par le Seigneur pour son discernement : « Tu ne peux supporter les méchants, tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs » (v. 2). L'Église du 1er siècle était exposée à toutes sortes de vents de doctrine. Il y avait, je pense, trois erreurs principales : le légalisme, judaïsant, par lequel certains docteurs essayaient de remettre l'Église sous le joug de la loi, et c'est la raison de la lettre de Paul aux Galates.

Le gnosticisme, philosophie d'élitisme, qui débouchait dans la pratique sur deux façons de voir la vie : la matière étant considérée comme mauvaise, les uns se privaient de toutes les jouissances mêmes légitimes (ascétisme), les autres se vautraient dans la fange de leurs passions. Enfin, ce que nous pourrions appeler le libertinisme, caractéristique des mœurs du monde païen de l'époque comme de notre société de la fin du 20ème siècle.

Combien ce discernement est nécessaire de nos jours, où tant de parallèles peuvent être faits avec la société éphésienne ! Nous avons besoin d'être fondés sur la Parole de Dieu et de demander au Seigneur un don de sagesse et de discernement, afin de savoir examiner toutes choses et retenir ce qui est bon, sinon nous risquons d'être emportés à droite et à gauche, et notre confusion sera totale. Mais attention, si l'amour manque, le discernement peut devenir une chasse aux hérétiques.

La troisième qualité que le Seigneur reconnaît à Éphèse, c'est la discipline. Nous lisons au verset 6 : « Tu as de la haine pour les œuvres des Nicolaïtes, que moi aussi je hais ». Qu'est-ce que les Nicolaïtes ? Nous les retrouvons au v. 15, dans la lettre à l'Église de Pergame, où le Seigneur les associe à la doctrine de Balaam. Il semble d'après ce passage qu'il s'agissait d'une forme de gnosticisme antinomien, fait d'orgueil intellectuel qui refusait la simplicité de l'enseignement de Paul, de son adjoint Timothée et de l'apôtre Jean, qui tous trois avaient séjourné à Éphèse. De plus, ces hommes avaient pactisé avec les mœurs de cette ville païenne, corrompue et dissolue, pensant que la grâce de Dieu les laissait libres de vivre dans l'immoralité.

Vous vous souvenez de ce qu'a fait Balaam, qui n'avait pas été capable de maudire le peuple d'Israël. Il a dû dire à Balak d'entraîner les enfants d'Israël à la débauche et à l'idolâtrie, pour inciter l'Éternel à les détruire. Le Seigneur reconnaît que l'Église d'Éphèse ne tolère pas le mal et exerce fidèlement la discipline.

Mais quelque chose manque à cette Église : un passé heureux, mais un présent médiocre. Sans doute n'était-elle pas descendue aussi bas que Thyatire, que le Seigneur accuse d'adultère et de prostitution. Mais on peut voir dans la persévérance, le discernement, l'orthodoxie d'Éphèse, des obligations accomplies sans chaleur, sans inspiration et sans joie.

Et cependant, dans la lettre écrite par Paul à l'Église d'Éphèse, l'apôtre avait parlé de l'amour 20 fois et terminait son épître par ce verset qui m'arrête toujours : « Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus-Christ d'un amour inaltérable. » Cependant, à peine une génération plus tard, le Seigneur est obligé de dire : « J'ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour ». Que s'est-il passé ? Je me suis posé la question, et c'est là peut-être le point le plus important de notre méditation : quelles peuvent être les causes de cette perte d'amour ? 

Trois causes du déclin d'Éphèse : l'habitude, l'égoïsme, le péché

Je vous propose trois causes principales (vous pouvez compléter cette liste par vos propres expériences). Je dirai que la première cause, c'est tout simplement l'habitude, la routine : on trace un sillon, et celui-ci devient très vite une ornière. On a des habitudes sacro-saintes, il n'y a pas de découvertes nouvelles, pas de spontanéité, on s'enlise dans la monotonie, souvent au nom de la fidélité au Seigneur et à sa Parole ! Dans certaines assemblées, tout est programmé, minuté, tout se déroule immuablement, et cela au nom de la spontanéité ! Certains cultes sont figés dans un carcan de traditions, à tel point qu'on ne peut toucher à rien. Voyez-vous, quand on parle d'habitude, il faut se rappeler que nous sommes soumis à ce que les scientifiques appellent la 2 è loi de la thermodynamique.

Quand un processus chimique, organique ou autre, commence, il y a un certain potentiel d'énergie, qui se dissipe au fur et à mesure du déroulement du processus pour atteindre à la fin une valeur nulle, qu'on appelle l'entropie. Il peut en être de même, hélas ! dans nos relations avec le Seigneur. De même qu'en vieillissant nous perdons petit à petit la fougue de notre jeunesse, notre vie spirituelle aurait tendance à décliner, et il faut que notre énergie soit renouvelée par une force qui nous est extérieure.

L'espérance de vie d'un homme aujourd'hui se situe autour de 70 ans, et l'histoire nous apprend que l'espérance de vie d'un mouvement d'église issu du Réveil est de l'ordre de 140 ans, après quoi Dieu doit recommencer ailleurs. Qu'en est-il de nos assemblées ? La première, je crois, a vu le jour en Suisse romande en 1824, il y a donc un peu plus de 160 ans. Et si nos assemblées sont encore en vie, si les chandeliers n'ont pas été ôtés de leurs places, je dis que c'est la grâce de Dieu à l'œuvre au milieu de nous.

Une deuxième cause de la perte du premier amour est l'égoïsme, qui est tellement inhérent à la nature humaine. En tant qu'hommes et femmes, nous sommes foncièrement égocentriques. Le milieu ambiant de la société actuelle est égoïste au possible. Tout le monde revendique des droits et rejette la faute sur les autres : les ouvriers sur les patrons, ceux-ci sur les ouvriers et les syndicats, et ainsi de suite. À la télévision, les hommes politiques font appel à l'égoïsme des téléspectateurs.

Dans notre vie d'Église même, je crains le caractère anthropocentrique de nos rencontres et même de nos cultes. Il en est de même d'une grande partie de la littérature chrétienne, spécialement des biographies, beaucoup trop axées sur le « moi ». Si ce mal pénètre dans nos églises, il vient tuer notre amour pour le Seigneur qui, au lieu d'être l'objet de notre amour, devient le moyen de satisfaire nos désirs et nos besoins. C'est vrai qu'il est là pour nous sauver, nous guérir, nous libérer. Mais est-ce pour cela que nous nous intéressons à Lui ?

La troisième cause de la perte du premier amour, me semble-t-il, c'est le péché toléré et non confessé, dans l'individu ou dans la communauté. Chacun connaît les points où il est vulnérable : pour l'un ce sera l'argent, pour l'autre le succès, le prestige, la bonne chère, la sexualité, ou une combinaison de ces choses. Si vous savez où vous êtes vulnérable, vous savez aussi dans quel domaine il vous est le plus facile de tolérer le péché, en en amoindrissant la gravité.

Et ce qui me frappe dans ces lettres aux 7 Églises de l'Apocalypse, c'est que le Seigneur revient plusieurs fois sur le péché sexuel. Vous savez comme moi que nous vivons dans une société obsédée par le sexe, et notre esprit est continuellement souillé par ce que nous voyons ou entendons autour de nous. Je ne connais rien qui tue plus aisément l'amour pour le Seigneur que la tolérance d'écarts sur ce plan. Jean, dans sa 1ère épître, dit, concernant la marche dans la lumière : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous pardonner... » (1 Jean 1.9). D'où l'importance de revenir à la croix chaque jour et de « mettre nos comptes à jour » avec Dieu.

Un triple appel : Souviens-toi, repens-toi, obéis

Le Seigneur lance à l'Église d'Éphèse un triple appel pour l'avenir : « Souviens-toi, repens-toi et pratique tes premières œuvres » (v. 5). Ce n'est pas un appel à foncer, à aller de l'avant, mais au contraire, à faire demi-tour, à revenir au pied de la croix.

« Souviens-toi ». Il y a de mauvais souvenirs qu'il faut oublier, tels ceux dont parle Paul en Philippiens, ch. 3, mais d'autres qui sont bienfaisants et auxquels il est bon que nous revenions : la première fois que nous avons saisi l'Évangile et découvert l'amour de Christ, que nous avons compris le sens de la croix, le souvenir de notre premier grand amour pour Jésus en réponse à son amour.

Le deuxième appel est la repentance, c'est-à-dire non seulement le regret, mais l'engagement de tout l'être pour un véritable demi-tour. Cela est nécessaire, car une baisse dans l'amour n'est pas peu de chose. Dans un mariage, tout est, hélas !, possible à partir de là.

La troisième chose à laquelle le Seigneur nous appelle, c'est l'obéissance. Combien c'est une dimension importante, que nous avons besoin de redécouvrir. Jésus dit, en Jean 14, verset 23 : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ». On entend souvent parler de « réveil » dans nos églises, mais beaucoup moins d'obéissance, de soumission à la seigneurie de Christ. C'est pourtant la clé de notre épanouissement.

Alors, « quelle Église pour demain ? » Si nous remplissons les conditions que Dieu place devant nous, revenir au Seigneur et renouveler notre amour pour Lui, notre culte d'adoration prendra une dimension nouvelle, nous nous préoccuperons les uns des autres pour notre édification commune, et notre témoignage sera crédible devant un monde qui nous regarde.

J'ai connu aux États-Unis un jeune homme, étudiant à l'Université de Princeton qui, tout en n'ayant pas de talents spéciaux d'évangéliste ou d'organisateur, fut, à cause de son amour pour Christ, le moyen de la conversion de 25 de ses camarades d'étude. Le jour où il devait recevoir son diplôme et où, selon la tradition, son nom fut inscrit sur le Livre d'or, avec sa photo, on put lire l'appréciation suivante de ses camarades de promotion : « L'homme, de tous ceux que nous avons connus, qui ressemble le plus à Jésus-Christ. »

III. L'Église de demain

L'Église de demain sera amoureuse du Seigneur, ou elle ne sera pas

Nous pouvons remarquer que la main droite de Jésus posée sur l'épaule droite de Jean (v. 17) est le même que celle qui lient les 7 étoiles. C'est la main de Celui qui tient les Églises avec fermeté, qui est tout-puissant et garantit la sécurité de ces Églises, et qui, en même temps, dans sa tendresse, la pose sur l'épaule de Jean pour lui dire : « Ne crains pas ! » N'est-ce pas extraordinaire ?

Les Églises de demain seront celles qui discernent les priorités, faute de quoi elles ne seront pas
Quelles sont ces priorités ? J'en vois trois principales :

La première est doxologique. Cela veut dire que l'Église existe d'abord et surtout pour glorifier Dieu sur la terre. Nous avons essayé de le faire tout d'abord en méditant sur la personne de Christ, car c'est le Fils de Dieu qui nous fait connaître le Père, et c'est le Saint-Esprit qui glorifie le Fils. Il y a donc une action commune entre les personnes de la Trinité pour glorifier Dieu devant nos yeux et dans nos cœurs.

Nos Églises devraient avoir pour but principal, dans les cultes, les réunions diverses et toutes les activités, de glorifier Dieu sur la terre, parce qu'il nous a confié sa réputation. Le monde se fera une idée de ce qu'est Dieu, de ce qu'est Jésus-Christ, en regardant ses enfants.

La deuxième priorité, et cela vous surprendra peut-être, c'est l'édification du peuple de Dieu. En voulant glorifier Dieu, nous sommes appelés à nous encourager, à nous instruire, à nous consoler les uns les autres. Il y a là un ministère dans la famille de Dieu : nous réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent, venir au secours de ceux qui sont dans la détresse. Je reviendrai sur cette question.

La troisième priorité, aussi étonnant que cela puisse paraître, c'est d'annoncer la Bonne Nouvelle aux inconvertis. Je la mets en troisième lieu parce que je crois que c'est biblique, et que l'Église qui vit pour la Gloire de Dieu et qui édifie ses membres sera celle qui évangélisera le monde. C'est elle qui donnera aux inconvertis un témoignage convaincant et crédible. Ne mettons pas la charrue devant les bœufs, mais demandons au Seigneur de nous accorder cette vision des priorités, de les respecter et nous verrons des gens venir dans nos assemblées. Nous irons vers eux, mais ils viendront aussi vers nous.

L'Église de demain sera préparée pour les temps difficiles qui viennent

Et c'est là le thème que je voudrais aborder maintenant, en parcourant quelques-unes des lettres aux 6 Églises que nous n'avons pas encore considérées. L'Église de demain sera réaliste, vigilante, elle sera armée par le ministère du Saint-Esprit dans la Parole de Dieu pour faire face aux temps difficiles que nous entrevoyons déjà et qui iront en s'aggravant jusqu'au moment du retour du Seigneur, qui viendra mettre de l'ordre dans la gabegie des hommes.

Les premières et deuxièmes parties sont parues dans les numéros 1 et 2 de l’année 1988 auxquels ces églises du 1er siècle étaient confrontées, et qui sont les mêmes aujourd’hui.

Quittons maintenant Éphèse pour examiner la lettre à Smyrne, et voyons les différents problèmes

Il y a différentes façons d'interpréter les lettres aux 7 églises d'Asie. Mais tout d'abord disons qu'il s'agissait bien de lettres adressées à des Eglises véritables, qui étaient celles de l'époque, groupées autour d'Éphèse, dans la province d'Asie. Il y a eu dans nos assemblées une interprétation dispensationnaliste, qui voit dans ces lettres 7 périodes successives de l'histoire de l'Église, Éphèse étant l'Église primitive, qui perd déjà son premier amour ; puis, au-travers des siècles, on arrive à l'Église de Laodicée, qui caractérise celle de la fin des temps, avant le retour du Seigneur. Une troisième façon de comprendre ces lettres, c'est de dire que ces Églises ont toujours existé et qu'elles existent aujourd'hui.

On peut donc considérer que ces lettres sont adressées à chacune de nos assemblées, en France ou ailleurs. On peut se reconnaître dans l'une ou l'autre de ces Églises, ou même dans plusieurs à la fois. Il y a là une actualité, pour notre époque ou pour demain, qu'il ne faut pas perdre de vue.

Quel est le problème de Smyrne ? On dira peut-être qu'elle n'en avait pas, puisque c'est l'Église, avec Philadelphie, à laquelle le Seigneur n'adresse pas de reproches. Chacune des 7 lettres comporte 7 éléments : l'adresse, la description de Celui qui écrit, ensuite les éloges, puis les reproches, les exhortations, l'appel et enfin la promesse. Le chiffre 7 est très caractéristique du livre de l'Apocalypse, et on le retrouve partout. Il se trouve que sur 7 Églises, deux n'essuient pas de reproches, Smyrne et Philadelphie. Mais il y en a une qui, hélas ! ne reçoit pas d'éloges, c'est Laodicée.

Smyrne était quand même confrontée à un problème, celui de la souffrance. Nous pourrions dire, un peu légèrement sans doute, que ce n'est pas le nôtre. C'est vrai. Dans nos Églises d'Europe et d'Amérique du Nord, nous ne connaissons pas, à quelques exceptions près, les souffrances qui sont le lot de nos frères dans d'autres parties du monde. Mais est-ce normal ? L'auteur britannique C.S. Lewis dit quelque part que ce qui est anormal pour le peuple de Dieu, ce n'est pas de souffrir, c'est de ne pas souffrir. Nous représentons donc, dans la liberté religieuse qui est la nôtre, un moment exceptionnel dans l'histoire de l'Église. Combien de temps cela durera-t-il encore ? Dieu seul le sait.

L'Écriture nous invite à nous préparer pour les temps difficiles et la souffrance.

Combien, pensez-vous, y a-t-il de chrétiens, de nos jours, qui donnent leur vie pour leur foi ? L'historien Barrett nous donne le chiffre de 300.000 par an, et d'après ses calculs, il nous dit qu'à la fin du siècle ce chiffre atteindra ½ million  annuellement ! C’est un fait que le 20è siècle a vu un plusgrand nombre de martyrs pour la foi chrétienne que les 19 siècles qui l'ont précédé.

Est-ce un privilège pour nous de jouir d'une grande liberté religieuse, de pouvoir nous réunir, de lire la Parole de Dieu et de prier sans empêchement ? Sans doute, mais sans jouer les prophètes de malheur et tout en restant sobres, nous devons néanmoins nous préparer pour les temps difficiles qui pourraient venir. Le Seigneur n'a jamais caché à ses disciples ce qui l'attendait. Il eut le courage de leur dire que le jour viendrait où, à Jerusalem, Il serait pris, flagellé, condamné à mort et qu’il ressusciterait le  3è jour. Le Seigneur pensait à cela et Il s’y préparait.

La question qui se pose à nous est donc celle-ci :

Comment nous préparer au mieux à la souffrance, si un jour elle devait venir ? Il y a plusieurs conseils que ceux qui ont souffert partagent avec nous. Le premier c'est de cacher la Parole de Dieu dans nos cœurs. Le Seigneur a promis de nous garder, non seulement de l'épreuve, mais dans l'épreuve. Nous devons apprendre à cacher sa Parole dans nos cœurs, par l'étude, la méditation, et autant que possible la mémorisation. On raconte l'histoire de ces chrétiens chinois à qui, dans les années 50, on avait arraché leurs Bibles. Une femme, après qu'on lui eut saisi son stock de Bibles, s'est mise à écrire l'épître aux Éphésiens qu'elle connaissait par cœur. Chaque fois qu'elle avait terminé de copier les 6 chapitres, elle distribuait les textes manuscrits autour d'elle pour édifier les croyants.

La deuxième précaution, c'est de prendre la résolution, devant le Seigneur, de souffrir sans compromettre les autres chrétiens, sans livrer leurs noms et leurs adresses. Si nous possédons l'annuaire évangélique, il serait bon alors de le détruire.

Une troisième précaution, c'est d'accepter ce que le Seigneur veut nous apprendre dans les épreuves d'aujourd'hui. C'est par elles que nous sommes déjà formés en vue des épreuves plus grandes qui pourraient venir un jour. C'est la victoire d'aujourd'hui qui nous prépare pour les victoires de demain.

Une quatrième précaution, c'est de nous libérer, avec l'aide du Seigneur, de toutes les séductions du monde. Chacun de nous devrait se placer devant Lui et lui dire : Seigneur, si je ne sais pas encore, montre-moi les domaines dans lesquels je suis vulnérable, montre-moi mes idoles secrètes.

Nous sommes plus influencés par l'atmosphère de notre société que nous pensons. Est-ce l'argent, les vacances, le sport, le travail, les amis, la lecture, les mass-medias ? Puissions-nous, avec l'aide du Seigneur, nous libérer de ces liens qui pourraient être pour nous des pièges dans des jours difficiles.

Une autre précaution, c'est de nous entraîner à regarder au-delà et au-dessus des circonstances, et de garder dans nos cœurs la réalité de notre Dieu, de sa grandeur et de sa puissance. J'ai été beaucoup encouragé en cela par le livre de l'Apocalypse, livre de la Révélation. Nous y sommes constamment sur deux registres, tantôt sur la terre - et quelles descriptions terribles ! - et tantôt dans le ciel avec les rachetés - et quelles merveilles !

Ceux qui sont sur la terre et qui souffrent sont invités à regarder, au-delà du temps présent et de la terrible réalité, vers le Christ qui revient en vainqueur tout-puissant et apporte sa victoire sur la terre. C'est cette vision qui nous gardera dans la paix au travers de l'épreuve, qui nous fortifiera pour que nous puissions constamment nous soumettre à la seigneurie de Jésus et lui faire confiance quelles que soient les circonstances par lesquelles II permet que nous passions.

Nous devons aussi apprendre à développer nos liens fraternels dans l'assemblée, à nous considérer comme frères et sœurs de la même famille, responsables les uns des autres. Développer la communion, cette réalité extraordinaire, combien c'est important !

Enfin, une dernière précaution, au niveau de la communauté, c'est de conserver des formes ecclésiastiques souples et flexibles, ne pas s'enliser dans une structure pyramidale hiérarchisée. N'oublions pas, lors de la Deuxième Guerre mondiale, le régime nazi a réussi à mettre la main sur des églises à structures centralisées, mais n'a pas pu faire de même avec les églises autonomes, soumises directement au Seigneur. Mais si nous devons nous méfier des structures centralisées, nous avons en revanche à développer nos relations fraternelles inter-assemblées, parce que nous sommes unis dans le Seigneur.

Lettre à Pergame

Passons maitenant à la 3è Eglise, celle de Pergame (ch .2, v 12). Que dit le Seigneur à cette Église ? Au v. 14 nous lisons : « Tu as là des gens attachés à la doctrine de Balaam », et au v. 15 : « Tu as des gens attachés pareillement à la doctrine des Nicolaïtes ».

Le problème de Pergame, c'est la tolérance du compromis doctrinal. Ce danger nous menace aujourd'hui, et cela au nom de l'unité chrétienne. Je ne veux pas faire ici le procès du mouvement œcuménique. Nous sommes suffisamment au clair à ce sujet.

Mais même au sein des églises évangéliques, tout en œuvrant pour l'unité, nous devons nous garder du compromis doctrinal. Je suis assez inquiet quand je vois des groupements d'églises qui ont leur spécificité (assemblées de frères et églises de Pentecôte, par exemple) gommer leurs différences pour dire : nous devons être unis pour être l'Église de la fin qui attend le retour du Seigneur. Unité chrétienne d'accord, partout où elle est possible pour prier ou évangéliser ensemble, mais je crois que les assemblées ont leur raison d'être selon la Parole de Dieu et ne doivent pas perdre leur spécificité, car elles ont leur place dans l'éventail des églises.

Le danger du compromis doctrinal à Pergame était une chose grave, parce qu'il s'agissait de fermer les yeux sur différentes formes de gnosticisme libertin. Mais aujourd'hui face aux divers courants de doctrine qui traversent nos assemblées, que faut-il faire ? Eh bien ! d'abord redécouvrir notre héritage théologique. Pour l'Évangile par exemple. D'après l'épître aux Romains, nous voyons qu'il n'y a qu'un seul Évangile, révélé à l'apôtre Paul. Il nous dit tout d'abord que la race humaine tout entière est coupable et sous le coup de la condamnation de Dieu, qu'il n'y a pas un seul juste, que tous sont condamnés.

Après cela il nous dit que Dieu justifie celui qui vient à Jésus-Christ par la foi, puis qu'il prend en charge ce nouveau chrétien. Il le fait passer par un processus que l'Écriture appelle la sanctification. C'est une transformation qui a pour but de le rendre de plus en plus semblable à son Seigneur, afin qu'il puisse un jour participer à la gloire avec Christ. Tel est l'Évangile selon l'épître aux Romains.

Il n'y a aussi qu'un seul plan de Dieu pour l'évangélisation du monde, et c'est ce que nous avons aux chapitres 9 à 11 de l'épître aux Romains. Il a commencé par les juifs, puis les païens dont nous sommes, pour revenir au peuple d'Israël dans les derniers temps, afin de l'amener au salut. Il y a déjà des communautés chrétiennes de juifs messianiques en Israël, et cela est très réjouissant. Juifs et arabes, unis en Christ, peuvent communier dans une même foi, et c'est là une actualité que les journaux n'imprimeront jamais.

Il n'y a qu'une seule vie chrétienne, celle qui nous est décrite à partir du chapitre 12 des Romains. Combien nous devrions nous plonger dans ces textes, nous imprégner de cet enseignement biblique. Connaître la Parole de Dieu nous donnera du discernement et nous gardera dans la fidélité au Seigneur, nous empêchant d'être ballottés à droite et à gauche comme des enfants qui ne savent pas ce qu'ils croient.

Une question importante est celle de la formation. Je suis toujours bouleversé, en traversant l'Afrique francophone, de voir la soif des chrétiens, surtout des jeunes, pour un enseignement biblique de qualité.

On dit au sujet des frères fondateurs des premières assemblées en Irlande ou en Grande-Bretagne, Darby, Craig, Millier, Graves et d'autres, que c'étaient de jeunes chrétiens, de 24 à 27 ans en moyenne. Ce qu'on ne dit pas, c'est que ces jeunes hommes connaissaient la Parole de Dieu. Ils avaient le bonheur de vivre avant l'âge des mass-medias, ils avaient du temps pour étudier la Parole de Dieu. Je suis effrayé en voyant qu'aujourd'hui on n'a plus le temps pour cela. Et si c'est votre poste de télévision qui vous empêche de le faire, jetez-le à la poubelle !

Combien nous avons besoin, dans nos assemblées, d'un enseignement systématique à tous les niveaux ! Formons des groupes d'étude biblique et de prière, car une prière nourrie de la Parole de Dieu, c'est autre chose que la prière sans la Parole. En Suisse nous avons depuis 3 ou 4 ans des cours que nous appelons ES.E. (Formation pour le Service dans l'Église) auxquels participent de jeunes frères de toutes les assemblées et qui ont pour but de les fonder dans les Écritures et de les préparer à prendre une place de responsables dans les assemblées.

Et puis, il y a les Instituts Bibliques. Vous, jeunes, n'ayez pas peur de faire une année ou plus dans une école biblique, même si vous ne savez pas ce que le Seigneur fera de vous par la suite. Mais si vous lui dites : « Seigneur, c'est ta volonté que je veux », vous découvrirez qu'il a un plan pour votre vie, plus merveilleux que tout ce que vous auriez pu imaginer.

Si nous négligeons les Écritures, nous nous condamnons à l'ignorance, l'ignorance nous conduit dans l'erreur, l'erreur ouvre la porte à l'hérésie, et celle-ci nous mène à l'apostasie.

Lettre à Thyatire

Voyons encore l'Église de Thyatire. Je vous laisse le soin de continuer la même ligne de réflexion en ce qui concerne les Églises suivantes, pour discerner quels sont leurs problèmes.

En ce qui concerne Thyatire, le danger qui la guettait se trouve au verset 20 : « Ce que j'ai contre toi, c'est que tu laisses la femme Jézabel, qui se dit prophétesse, enseigner et séduire mes serviteurs, pour qu'ils se livrent à la débauche ». Il y a, je crois, une sorte d'enchaînement qui commence avec la perte du premier amour, à Éphèse, puis la crainte de la souffrance, à Smyrne, le compromis doctrinal à Pergame, et maintenant le compromis moral.

Je n'ai pas besoin de vous peindre un tableau de la société dans laquelle nous vivons. C'est une société corrompue, semblable à celle du 1er siècle, ou meme à celle de Sodome et Gomorrhe. L’apôtre Paul rappelle aux Philippiens, et à nous-mêmes, que nous avons à vivre dans la sainteté et dans la pureté au milieu d'un monde corrompu. Et cela dans la douceur et l'humilité. Demandons au Seigneur de nous purifier de toute souillure et de nous garder au milieu de la corruption ambiante.

Le Seigneur ne nous demande pas de vivre une vie monastique, erreur dans laquelle l'Église est souvent tombée. La séparation à laquelle II nous invite n'est pas l'isolement social ou géographique. Jésus dit de ses disciples : « Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde », mais aussi : « Je les ai envoyés dans le monde » (Jean 17.16 et 18). Ainsi nous sommes dans le monde, au milieu des autres, mais différents d'eux. Un témoignage n'est crédible qu'au prix de cette sainteté, de cette pureté, sans cesse renouvelées par la grâce de Dieu et l'action du Saint-Esprit.

On parle beaucoup de nos jours des dons de l'Esprit, et j'y crois. Mais quand on ne parle plus que de cela, on oublie qu'il est l'Esprit de sainteté qui veut vivre sa sainteté en nous et nous garder dans la pureté.

Il est bon de connaître la Parole de Dieu, mais ce qui importe c'est de la mettre en pratique. Il faut l'assimiler, la digérer, mais aussi obéir.

Et nous terminerons par ce que l'apôtre Paul dit aux Éphésiens, ch. 4, v. 15 : « professant la vérité dans l'amour ». Le grec original, presque intraduisible, signifie non seulement dire, mais vivre la vérité, penser, agir dans la vérité. Le monde a le droit d'exiger de nous un comportement qu'il n'exige pas de lui-même. Il veut voir la différence.

En conclusion je dirai que l'Église de demain sera amoureuse du Seigneur, ou elle ne sera pas ; elle sera consciente des priorités, ou elle ne sera pas ; elle sera préparée pour les temps difficiles, ou elle ne sera pas. Amen.

Franck Horton