Le chrétien est-il appelé à travailler en équipe? Daniel Saglietto

INTRODUCTION


Que dit la Bible du travail en communauté ? Cette série de trois articles a pour but de démontrer que ce n’est pas un aspect négligeable du plan rédempteur divin, et que la Parole a bien des choses à nous communiquer sur ce sujet !

Dans le film « Seul au monde », Tom Hanks incarne Chuck Noland, un ingénieur qui, suite à un accident, se retrouve seul sur une île durant quatre années consécutives. Pour faire face à sa solitude, il va se créer un partenaire de conversation fictif, Wilson, en utilisant un ballon de volley-ball sur lequel il dessine un visage humain. Notre cher Chuck avait effectivement besoin d’un vis-à-vis pour  communiquer et entretenir une relation interpersonnelle afin de ne pas complétement sombrer dans la folie.

Comment se fait-il que l’être humain soit si attaché à entretenir une relation personnelle avec son semblable de sorte que la situation de ceux qui se retirent dans la solitude la plus totale relève plutôt du sacrifice aux fins les plus improbables qu’une chose saine ?

Ceci est une conséquence liée à notre nature même, et pour être encore plus précis, à l’image ontologique que chacun de nous porte dès sa conception. Nous avons été effectivement créés à l’image de Dieu, et cette imago Dei est lui-même ancré dans une réalité intra-trinitaire qui caractérise notre Créateur.

Cette réalité est celle de la personne et des caractéristiques qui en découlent dans sa pleine expression. En tant que Créateur, Dieu exprime parfaitement et de façon exhaustive ce qu’est une personne, un être personnel. De plus, étant un Dieu trinedepuis toujours, nous voyons là que la notion même de relation est un ingrédient nécessaire et inséparable de la réalité de la personne.

Les notions de personne et de relation personnelle sont ancrées dans une réalité économique éternelle qui définit la trinité divine. (1) Il n’est alors pas étonnant que l’être humain, alors créé à l’image de Dieu, soit dès sa conception une personne qui ne pourra s’épanouir en tant que telle uniquement par le biais de relations personnelles qui prennent alors compte de la réalité du monde créé auquel il appartient. L’homme ne fait alors que pratiquer de cette façon une réalité propre à sa nature qui est analogue à une réalité exprimée depuis toute éternité en Dieu lui-même entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Quel est le rapport avec la réalité du Travail en équipe ?

 

Le travail en équipe n’est pas une réalité a postériori qui serait, dans une vision évolutionniste du comportement sociétal, un fruit nécessaire pour notre réussite et notre propre survie en milieu hostile. Il est une expression organisée (relations) et dirigée (but) de cette imago Dei qui est constitutif de notre humanité (être personnel créé).

Cette expression particulière est alors un écho, une analogie, d’une réalité éternelle pleinement vécue entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette expression (travail en équipe) ne pourra alors être vraie et droiteque si elle se fait en accord, à la fois, avec la sainteté qui caractérise éternellement les relations au sein de la Trinité (dimension éthique horizontale), et avec la réalité de notre identité (hommes et des femmes créés par Dieu pour sa Gloire (Rom 1.18), dimension téléologique verticale).

En effet, lorsque l’idolâtrie, quelle qu’en soit la forme (comme par exemple l’égoïsme), et non l’adoration envers Dieu, caractérise nos relations interpersonnelles (et en particulier dans le travail d’équipe), cet écho devient une simple falsification de la réalité voulue par Dieu, alors caractérisé par le mensonge et la souffrance (Rom 1.18-25).

De plus, en saisissant que la notion du travail en équipe est un écho (imago Dei) de la réalité trinitaire du Dieu qui nous a créés et que nous servons, nous comprenons alors que la pluralité qui caractérise le travail en équipe n’implique pas une inégalité ontologique entre les personnes impliquées (différentes tâches mais une égalité en nature entre les personnes), et inversement, une égalité ontologique (entre les membres de l’équipe) n’impose pas une uniformité économique, mais au contraire une diversité complémentaire de tâches au sein d’un objectif commun.

Enfin, au niveau épistémologique, puisque le travail en équipe est une application particulière et nécessaire du caractère personnel de chaque être humain crée à l’image de Dieu, il s’en suit que la Bible, la Parole de Dieu, devient la norme (norma normans non normata) pour dresser le cadre de ce qu’est un bon travail en équipe, autant dans sa dimension éthique que téléologique.

En effet, l’enseignement biblique est alors notre source première pour que nous saisissions autant le quoi que le pourquoi du travail en équipe (définition et but), mais aussi le cadre éthique de celui-ci qui alors en découle. C’est ce vers quoi nous nous tournons maintenant.

Principes fondamentaux bibliques du travail en équipe

 

1) La création et le couple primordial

 

Il est indéniable que si nous désirons comprendre les fondements bibliques du travail en équipe, il est important de voir comment la Bible définit et décrit la première équipe que la terre ait connue : Adam et Eve.

Comme nous l’avons précédemment dit, la caractéristique ontologique d’avoir été créé à l’image de Dieu engendre des réalités économiques fondamentales.

Tout d’abord, il est important de noter qu’Eve fut créée après Adam, car il n’y avait pas, au sein de la création animale, d’aide semblable à lui. (2) Le texte biblique souligne clairement que ceci n’était pas un oubli divin au sein de la création. En effet, la création de la femme était déjà prévue car Dieu avait déjà souligné, dès le verset 18, que le fait que l’homme soit seul n’était pas une bonne chose, et que la réponse face à cette solitude ne pouvait se trouver dans les relations qu’entretiendraient Adam avec la création, en tant que vice-régent au service de son Créateur. Il lui fallait créer une aide semblable à lui.

Dieu ne nous livre pas dans ce verset 18 un aveu d’échec quant à la création de l’homme, un homme alors « masculin ». Cette « réflexion divine » peut-être mise en parallèle avec une autre « réflexion divine » de Dieu lorsqu’il dit « faisons l’homme à notre image ».

Dieu nous livre là son bon projet créationnel: L’être humain, homme et femme, sont des êtres créés à l’image de Dieu (ce qui implique des conséquences morales, personnelles, sacerdotales et de vice régence sur la création) ; et l’homme et la femme s’insèrent tous deux dans une dynamique de complémentarité de sorte qu’ensemble ils vivent une saine complémentarité alors expression de l’œuvre parfaite divine.

Genèse 2:18 est fondamental pour comprendre à la fois l’égalité et l’inégalité entre l’homme et la femme.

Ce paradoxe est cohérent du fait que chacune de ces deux caractéristiques s’établit à un niveau différent. La femme est égale à l’homme en tant qu’être humain, elle possède la même valeur et même dignité que l’homme et « elle est autant ‘équipée’ que l’homme, avec tous les distinctifs requis, pour atteindre sagesse, justice et vie.» (3)

Ensuite, le verset 18b souligne que la femme a été créée dans un objectif particulier : « être une aide » (עֵ֖זֶר).

Dans le contexte de la Genèse et de l’Ancien Testament, ce terme est à l’opposé d’une signification contemporaine telle que « esclave », « servante », ou tout autre terme qui pourrait impliquer une diminution de la dignité de la personne. En effet, nous ne devons pas oublier que Dieu lui-même est décrit comme עֵ֖זֶר dans sa relation avec Israël. Hamilton souligne d’ailleurs que la femme est celle qui « a délivré l’homme de sa solitude. » (4)

Mais l’usage de ce terme, dans le contexte direct de Genèse 1 possède une particularité supplémentaire (contrairement à la relation Yhwh/Israël car Dieu possède une nature différente que l’homme) : elle est une aide pour l’homme.

Ortlund (5) souligne justement :

Le paradoxe de Genèse 2 est aussi vu dans le fait que la femme a été « tirée de » l’homme (égalité) et créée « pour » l’homme (inégalité). Dieu n’a pas fait Adam et Eve à partir du sol en même temps et l’un pour l’autre sans distinction. Dieu n’a pas non plus créé la femme en premier, ni l’homme à partir de la femme « pour » la femme. Il aurait pu les créer tout autant de cette manière sans aucune difficulté, mais il ne l’a pas fait. Pourquoi ? Parce que cela aurait très certainement obscurci la nature même de ce qu’est la masculinité et la féminité et cette manière de procéder permet de nous éclairer quant à cette problématique.

La Genèse établit ainsi clairement une notion d’égalité et d’inégalité entre l’homme et la femme : une notion d’égalité quant à « leur nature commune », et une notion d’inégalité quant à leur « fonction ». Ceci est confirmé au verset 23, où Adam reconnait sa femme comme égale à lui (« os de mes os, et chair de ma chair », le fait de la nommer « femme » (אִשָּׁה) qui est le féminin du vocable homme (אִישׁ)), et instaure une relation inégale/complémentaire avec elle (c’est lui qui la nomme, et qui lui enseigne les instructions qu’il avait reçu de Dieu (Gen 2.15-17).

Quand nous revenons à notre problématique de base (travail en équipe), nous pouvons alors souligner les choses suivantes en considérant le couple primordial :

La diversité et la complémentarité des tâches est fondée sur une égalité ontologique. Ce n’est pas seulement que l’un et l’autre soient deux réalités associées, mais bien plus, la dynamique ontologique interpersonnelle est une résultante possible et exclusive d’une réalité créationnelle : la création d’un autreêtre humain (caractéristique imago Dei commune) est la cause matérielleprincipale de l’expression possible d’une complémentarité. Les caractéristiques de cette complémentarité sont alors l’expression de la sagesse de Dieu et non une nécessité résultant d’un acte créationnel caduque.

La complémentarité au sein d’une équipe est la conséquence d’une intention divine pour ultimement manifester la bonté et la Gloire de Dieu (cause finale) au sein de la création.

Le travail complémentaire au sein d’une équipe doit être compris, non seulement vis-à-vis de son but ultime, mais aussi du par rapport au cadre allianciel dans lequel il s’insère (Alliance créationnelle dans le cadre du couple primordial) et des instructions alliancielles qui lui sont adjointes et qui la norment (commandement vis-à-vis de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (2.16) et mandat créationnel donné à Adam dans la cadre du couple primordial (1.28, 2.15)).

Enfin, le travail complémentaire au sein d’une équipe doit être aussi compris dans sa perspective eschatologique. La droite articulation des relations au sein de l’équipe anticipe une continuité de celle-ci dans la réalité consommée de la Création. Le travail d’équipe n’est pas une conséquence de la chute (comme nous l’avons vu pour Adam et Eve), mais c’est une réalité qui se pérennisera dans le Royaume de Christ alors consommé. Cette manifestation eschatologique possédera certainement une certaine continuité, mais aussi une certaine discontinuité, tout comme c’est actuellement le cas pour le corps glorifié de Jésus-Christ.

QUAND DIEU LUI-MÊME TRAVAILLE EN ÉQUIPE

 

Nous nous proposons d’analyser les données de l’Ancien Testament et de mener une brève réflexion sur la manière dont l’essence même de Dieu implique travail en équipe et collégialité.


2- Trame vétérotestamentaire

 

Dans le développement vétérotestamentaire de l’histoire de la Rédemption, nous assistons au bourgeonnement de la promesse faite à Adam et Eve en Gen 3.15, une promesse donnée au sein de la condamnation donnée à l’encontre du serpent.

Ce bourgeonnement progressif, dont la finalité se trouvera dans la Nouvelle alliance scellée et accomplie par le Seigneur Jésus-Christ, impliquera une succession de phases historico-rédemptrices encadrées par des alliances successives.

Chacune de ces étapes furent elles-mêmes marquées par des personnages clés dont le sacerdoce était cohérent avec le cadre allianciel et l’étape historico-rédemptrice dans laquelle ils se trouvaient. Ceci est important d’être souligné afin que nous évitions une tendance trop exemplaristedans notre lecture de la vie et du ministère des personnages clés de l’Ancien Testament.

Ceci étant dit, il ne faut pas à l’inverse, croire, à cause de cette dynamique typologique pleinement consommée en Jésus-Christ, que l’Ancien Testament n’a rien à nous enseigner sur les relations que nous pouvons vivre dans l’église (Heb 11).

Si nous prenons l’exemple de Moïse, il nous faut ne pas perdre de vue le rôle unique de médiateur qu’il joua dans l’événement de l’Exode (l’acte historico-rédemptif majeur de l’Ancien Testament qui sera un élément typologique majeur chez les prophètes subséquents et l’événement typologique par excellence pour annoncer le nouvel Exode accompli et inauguré pour son peuple par Jésus-Christ). Néanmoins, nous pouvons observer que le travail en équipe n’était pas une chose inconnue pour lui.

En effet, si nous prenons le temps d’étudier la relation qui existait entre Moïse et Aaron, Moïse et Myriam, Moïse et Jethro, Moïse et Josué, Moïse et les 70 anciens, force est de constater que le travail en équipe était une réalité bel et bien présente, mais à des degrés différents de celui exposé dans le Nouveau Testament.

Nous soulignerons uniquement ce fameux épisode lorsque YHWH envoya Son Esprit sur les 70 anciens d’Israël (Nombres 11).

Suite aux murmures du peuple (cf. versets 1 et 20) et au découragement de Moïse (versets 11 à 14), Dieu, dont la colère était alors enflammée et qui avait déjà exterminé une partie du peuple à l’extrémité du camp[1], offre gracieusement une solution, à la fois à Moïse et au Peuple.

Nous nous limiterons ici à ne souligner que certaines caractéristiques intéressantes de ce que Dieu fait pour la mise à part et l’onction de ces 70 anciens :

1- Dieu répond à l’impossibilité soulignée par Moïse (gestion d’un si grand peuple par une seule personne) en lui ordonnant la création d’une équipe d’anciens, choisis parmi les anciens déjà présents[2], à qui il déléguera son autorité pour la gestion du peuple. Dieu prit alors de l’Esprit qui oignait Moïse et en déversa sur les anciens choisis (v25 et 26). Il est intéressant de noter que les anciens prophétisèrent uniquement dans un temps limité (v25b), de sorte que Moïse demeura le prophète utilisé par Dieu pour ce temps de l’Exode, car c’est uniquement avec lui que Dieu parlait bouche à bouche et se révélait à lui sans énigme (Nb 12.8).

2- Lorsque Josué demande à Moïse de faire stopper Eldad et Medad (2 des 70 anciens qui n’étaient pas venus lors de la convocation de Moïse), Moïse lui demande s’il est jaloux et déclare la chose suivante : Puisse tout le peuple de l’Éternel être composé de prophètes ; et veuille l’Éternel mettre son esprit sur eux ! (Exo 12.29). Ceci est d’autant plus frappant que le chapitre suivant nous parle du jugement reçu par Myriam, sœur de Moïse, qui était jalouse du ministère prophétique de Moïse et à qui Dieu rappelle le caractère unique du ministère de Moïse. On ne peut que souligner l’aspiration de Moïse qui n’avait certainement pas le désir d’engendrer des clones de lui-même, mais exprimait, entre autre, le souhait de voir Dieu oindre le peuple entier pour qu’il puisse servir Dieu dans la droiture et la fidélité et ainsi ne plus murmurer comme il le faisait.

3- La dynamique soulignée ici est la cohésion pour porter ensemble la charge d’une œuvre (cf. Ecc 4.9-12). Ainsi, une chose que nous pouvons souligner est que le travail en équipe est aussi la conséquence nécessaire de la prise en compte de la limite de chacun de nous afin que, au sein d’une sage répartition du travail, la charge soit équilibrée et ainsi réalisable.

4- Dieu demande à Moise de choisir les membres de cette future équipe parmi un groupe d’hommes qui avaient été déjà mis à part préalablement pour le service par Moïse car il les avait reconnus capables (Exo 18.25). Sans pousser trop loin les textes narratifs, nous pouvons souligner que les qualifications et les aptitudes sont des facteurs importants dans la composition d’une équipe, et ceci en fonction du but et des choses qui leur seront assignés à accomplir.

5- Dieu équipe par Son Esprit chacun des membres de l’équipe choisie. En effet, l’onction par l’Esprit de Dieu, alors manifestée par un temps prophétique temporaire, souligne que c’est ultimement Dieu qui confirme l’appel et qui équipe ceux qui vont travailler ensemble pour son Royaume. C’est ce que nous retrouvons dans les appels des prophètes vétérotestamentaires et dans la description néotestamentaire de l’église primitive.

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La notion du travail en équipe sera aussi présente au sein même de la communauté de l’ancienne alliance et particulièrement dans la répartition des tâches dans le tabernacle, et plus tard le Temple.

Elle se retrouvera aussi dans la répartition des triples offices de prêtre, prophète et roi dans l’ancienne alliance parmi différents personnages (comme David et Nathan par exemple) qui alors devaient interagir les uns avec les autres, mais qui ne manifestaient pas une dynamique intime du travail en équipe telle qu’elle est développée dans le Nouveau Testament.

Ultimement, ce sera Christ qui accomplira parfaitement ce triple office et qui enfantera une descendance d’hommes et de femmes qui seront, dans une certaine mesure, à la fois prêtres (Apo 1.6), prophètes (2 Tim 4.2, Col 3.16) et rois (Eph 2.6).


3- L’œuvre trinitaire de la création et du salut

 

Tout comme nous avons précédemment souligné que la réalité de nos relations interpersonnelles sont des manifestations analogiques à la réalité personnelle intra-trinitaire, il est important de se rappeler que Dieu manifeste sa trinité aussi lorsqu’il est à l’œuvre. C’est effectivement le cas dans la création et le salut (re-création).

La Bible souligne que Dieu est celui qui a créé l’univers tout entier (Gen 1 et 2). Et ceci s’est manifesté dans une dynamique trine. En effet, Le Fils, le Logos est aussi celui par qui la création a été faite (Jn 1.3, 1 Cor 8.6, Col 1.16, Heb 1.2). Et l’Esprit fut aussi impliqué dans l’acte créationnel (Gen 1.2, Job 33.4, Ps 104.30).

Ensuite, à propos de l’acte de la nouvelle naissance, nous devons aussi réaliser que cette œuvre de rédemption fut décidée dans l’éternité passée par Dieu lui-même (Eph 1.3-12). L’œuvre du salut implique par exemple le choix de Dieu de son peuple en Son Fils. Ce choix a été souvent désigné comme une alliance, l’alliance éternelle de la rédemption (Pactum salutis)[3].

De plus, l’application même de l’œuvre accomplie par Jésus-Christ est aussi une œuvre trine, Car, le salut des élus est une œuvre accomplie par Dieu (2 Cor 4.6-8) en nous unissant à son Fils Jésus-Christ par la foi (Rom 6.1-15), et cela grâce à l’action régénératrice du Saint-Esprit (Jn 3.1-13).

Cette œuvre d’adoption, qui implique autant notre justification et notre sanctification, est une œuvre dans laquelle le Christ ressuscité est activement impliqué car, suite à la résurrection, il est devenu un esprit vivifiant (1 Cor 15.45, cf. 2 Cor 3.12-18)[4]. Comme le souligne R. Gafffin Jr. dans son ouvrage[5], cette étape de l’historia salutis exprime l’inauguration d’une économie sotériologique dans laquelle le Fils et l’Esprit œuvrent ensemble dans l’application de l’œuvre du Salut accompli dans la mort, la résurrection et l’exaltation du Fils parmi les élus (ordo salutis).

Ainsi, nous voyons que la dynamique d’équipe manifestée au sein de la trinité nous permet de constater que Dieu, dans sa sagesse, a voulu accomplir l’œuvre de la création et du salut en œuvrant de façon complémentaire au sein de sa caractéristique trine.

La répartition des tâches ne fut pas une répartition faite à cause des capacités de chacune des personnes (car chaque membre de la trinité est pleinement Dieu), mais une répartition choisie et décidée depuis toute éternité où nous pouvons observer généralement que le plan du Père est délivré, exprimé et accompli par le Fils. Cet accomplissement implique l’œuvre de l’Esprit autant dans son accomplissement inaugural (vie, mort et résurrection de Jésus-Christ) que dans son application néo-alliancielle au sein de la communauté des élus (régénération, justification, sanctification des élus).

C’est d’ailleurs ce que nous retrouvons dans description faite en Jn 1 : Le Fils est le Logos qui depuis toute éternité est l’expression « Parole » de Dieu (Jn 1.1-3, 18). Et de façon plus spécifique, les écrits bibliques sont la Parole de Dieu (1 The 2.13) dont Jésus-Christ, le Fils incarné, en est la substance principale et le héraut principal (Heb 1.1-3) ; et l’Esprit est celui qui l’a transmise (2 Tim 3.16).

D’ailleurs en reprenant le terme θεόπνευστος utilisé en 2 Tim 3.16, nous pourrions utiliser l’analogie suivante pour souligner la cohésion d’équipe dans le don de la Parole de Dieu aux hommes : Dieu est celui qui parle, le Logos correspond aux mots exprimés dont le son est possible par le souffle de l’Esprit (tout comme c’est le souffle expiré qui nous permet d’émettre un son lorsque nous disons un mot).

Ces courtes remarques sur la dimension trine de l’œuvre de Dieu dans la création et la rédemption nous permettent (par analogie) de souligner les choses suivantes concernant le travail en équipe :

Le Travail en équipe dans l’église locale doit posséder un but et une ambition centrée ultimement sur la manifestation de la Gloire de Dieu manifestée et accomplie en Jésus-Christ. En effet, le but de l’épouse de Christ doit être une appropriation et un écho du but de Dieu dans l’accomplissement de son œuvre : Sa Gloire. Ceci implique une distanciation de toute démarche qui engendrerait une quelconque forme d’anthropocentrisme.

Comme Paul le souligne en Ephésiens 1, l’histoire de la rédemption, et son ancrage dans l’éternité passée possède ultimement comme finalité la louange et la célébration de la gloire de Sa grâce et ainsi de Sa Gloire (Eph 1.6, 12 et 14). Ainsi, le parfum qui doit se dégager de tout travail d’équipe se doit d’être ultimement un parfum doxologique, c’est-à-dire que le travail d’équipe sera fait de telle sorte que c’est la Gloire de Dieu et la Gloire de Sa grâce qui sera louée et chérie. Ceci implique un impératif éthique et qualitatif non négligeable dans la manière dont nous préparerons, aborderons, pratiquerons et accomplirons tout travail d’équipe au sein de l’église locale.

QUAND CHRIST LUI-MÊME TRAVAILLE EN ÉQUIPE

Nous allons examiner la manière dont Jésus et les apôtres abordent le travail en équipe, et nous conclurons par différentes applications pour le peuple de la Nouvelle Alliance.


4- Jésus et ses apôtres

 

Nous arrivons à une autre approche intéressante de la notion du travail en équipe lorsque nous considérons le ministère terrestre de Jésus-Christ. Avant tout, nous devrons faire preuve de prudence dans la façon dont nous nous approprierons les récits narratifs du ministère du Christ.

En effet, nous faisons à nouveau face, à une période de l’histoire non reproductible, la conclusion eschatologique de l’historia salutis. De plus, les personnages impliqués dans cette étape finale possèdent tous des ministères non reproductibles dont l’appropriation que nous pouvons en faire sera en grande partie nécessairement analogique. [1]

Nous pouvons citer les caractéristiques suivantes comme pertinentes dans notre réflexion sur le travail en équipe (liste non exhaustive) :

Jésus a choisi des hommes qu’il allait aussi former pour devenir pécheurs d’hommes. La vocation, alors fondée sur l’appel de Christ, n’implique pas nécessairement le choix des personnes les plus performantes, mais les personnes que Dieu a décidé de prendre avec lui pour les former et les rendre capables et performantes dans le ministère auquel il les appelle.

Tous les membres de l’équipe feront face à des oppositions et des difficultés, mais Dieu ne donnera pas nécessairement exactement les mêmes oppositions et les mêmes difficultés à chacun des membres de l’équipe (Matt 20.23). Mais tous les membres peuvent se soutenir les uns les autres.

Les membres d’une équipe doivent être les serviteurs des uns des autres (Matt 20.25-28).

Une équipe dans l’église locale, produit du regroupement de frères et de sœurs dont les yeux sont ultimement centrés sur l’évangile et sa proclamation, se doit d’être unie (Jn 17.20-26). Cette union est avant tout le fruit de l’œuvre de Christ en nous et elle se fonde et se nourrit de la glorieuse Parole que Dieu nous a donnée. Cette unité se pratique dans l’amour réciproque et l’humilité et elle a pour finalité la manifestation de la gloire de la grâce de Dieu manifestée en Jésus-Christ (Jn 17.23).

Il existe un degré variable d’intimité au sein de l’équipe, et la profondeur de celle-ci n’est pas nécessairement la même pour tous (comme par exemple avec la proximité unique qu’il existait entre Jésus et le trio Pierre, Jacques et Jean).

5 – La communauté de la nouvelle alliance

 

Nous arrivons là à la dernière étape de notre réflexion pour laquelle la Bible nous donne le plus d’éléments utilisables de façon directe, et cela du fait de la présence de ses indices souvent dans des écrits au format épistolaire.

Nous listerons donc les caractéristiques du travail en équipe en trois catégories : causes, expressions et finalités.


a) Causes

 

– Un seul et même Dieu qui rachète gracieusement (1 Pierre 4.10) un peuple d’hommes et de femmes, et cela en les unissant par la foi au même Seigneur (1 Cor 12.4-6). Un peuple qu’il revêt et équipe d’une pluralité de dons (1 Cor 12.1-11).

– Un seul et même Esprit dans lequel nous sommes tous baptisés et abreuvés (1 Cor 12.10-11,13). C’est Lui qui a fait germer en nous la graine de l’évangile que nous avons reçue par la réception du kerygmeévangélique (2 Pierre 1.22-23). C’est Lui qui équipe et qualifie les membres. C’est Lui qui leur permet de croître, persévérer et s’épanouir glorieusement. Cette œuvre s’inscrit dans l’expression de la nouvelle alliance scellée et accomplie en Jésus-Christ.


b) Expressions

 

– Une équipe caractérisée par une pluralité de membres (à cause d’une pluralité de dons) unis dans un seul et même corps (1 Cor 12.12). Cette pluralité n’est pas désordonnée mais complémentaire (Eph 4.1-16) et elle doit se manifester dans la soumission réciproque (1 Cor 14.26-30). Tous les membres sont nécessaires (1 Cor 12.21-22). Au-delà de cette unité organique constitutive, ils sont aussi unis dans ce qui constitue la norme de leur foi et de leur vie (le canon biblique) et dans leur but. Chaque équipe peut effectivement posséder un but qui lui est propre (suivant le ministère), mais toutes les équipes poursuivent fondamentalement le même But : La Gloire de Dieu.

– Chaque membre de l’équipe possède une capacité et une tâche spécifique de sorte que nous devons veiller à entourer de plus d’honneur et de plus de soins les membres les plus fragiles et plus faibles (1Cor 12.22-25).

– Les membres de l’équipe doivent prendre soin les uns des autres, souffrir avec ceux qui souffrent et se réjouir avec ceux qui se réjouissent (1 Cor 12.21-26).

– Les membres de l’équipe ont besoin les uns des autres (1 Cor 12.21). Cette réalité ne doit pas être comprise uniquement dans la dynamique du but à atteindre mais aussi dans la nécessité du soutien et de l’édification personnelle réciproque dont nous avons tous besoin jour après jour (1 Thess 1.1-10). Ainsi ils doivent s’encourager les uns les autres (Heb 10.24-25), être au service les uns des autres (Phil 2.1-11), se pardonner réciproquement (Eph 4.32), manifestant ainsi un véritable amour fraternel les uns pour les autres (Eph 4.16) tout en respectant l’intimité des autres (1 Thess 4.11).


c) Finalité

 

– La finalité ultime est ce que Christ, dans lequel est manifesté la gloire de la grâce de Dieu, soit honoré, loué et adoré : autant par eux qu’au travers d’eux qu’à travers eux (Eph 1.1-11, 1 Cor 12.26).

– Le travail de l’équipe a aussi pour but de voir le corps grandir et se développer glorieusement (autant en qualité (2 Cor 3.18) qu’en quantité (Matt 28.18-20)). Nous devons alors être capables de voir qu’au travers du temps, l’équipe, en plus d’accomplir des choses de façon synergique et communautaire, est elle-même édifiée, fortifiée et de plus en plus passionnée pour Jésus-Christ.

DANIEL SAGLIETTO


[1] Pour un développement intéressant sur cette question d’analogie, voir l’article très pertinent de Vern S. Poythress, Modern Spiritual Gifts as Analogous to Apostolic Gifts: Affirming Extraordinary Works of the Spirit within Cessationist Theology, The Journal of the Evangelical Theological Society 39/1 (1996), p.71-101.


[1] Cf. verset 1-2, et en particulier le ministère d’intercession de Moïse pour stopper ce jugement.

[2] Il est très certain que ces anciens furent choisis parmi les anciens qui avaient été déjà choisis par Moïse suite au conseil donné par Jethro (Exode 18.13 à 26).

[3] Voir l’excellent développement fait par Greg Nichols, Covenant Theology, A Reformed and Baptistic Perspective on God’s Covenant (Solid Ground Christian Books, 2012), p.303-319.

[4] Voir l’excellent ouvrage écrit par Richard Gaffin Jr., Resurrection and Redemption(P&R, 1987), et John Murray, Redemption accomplished and Applied (Eerdmans, 1955).

[5] Ibid.


(1) Ceci étant dit, il est vrai que notre compréhension humaine de ce qu’est une personne et l’aspect relationnel qui y est attaché ne sera qu’une compréhension limitée et analogique (mais néanmoins vraie) de la réalité divine qui transcende notre intellect.

(2) עֵ֖זֶר כְּנֶגְדֹּֽו  (Gen 2.20b)

(3) R. Ortlund, Recovering Biblical Manhood and Woomanhood, p.102.

(4) Hamilton, Genesis, NICOT, p.176.

(5) Ibid, p.102.