Eléction et réprobation

Introduction 

Quand et pourquoi Dieu nous a-t-il choisis ?
Certains ne sont-ils pas choisis ?

Voici un bref tableau qui pourra nous aider à voir ce que nous appelons parfois l’ordre du salut.

Ordre du salut

L’élection (Dieu choisit ceux qui seront sauvés)

L’appel de l’Évangile (la proclamation du message de l’Évangile)

La régénération (la nouvelle naissance)

La conversion (la foi et la repentance)

La justification (notre statut légal devant Dieu)

L’adoption (l’entrée dans la famille de Dieu)

La sanctification (une vie juste)

La persévérance (rester chrétien jusqu’à la fin)

La mort (partir pour être avec le Seigneur)

La glorification (l’obtention d’un corps de résurrection) 

Explication et Fondement scripturaire 

Définition : L’élection est un acte de Dieu avant la création, par lequel il choisit certains pour être sauvés, non à cause de quelque mérite de leur part qu’il aurait connu d’avance, mais uniquement selon son bon plaisir souverain. 

A. Le Nouveau Testament enseigne-t-il la prédestination ?

Plusieurs passages du NT semblent affirmer en effet que Dieu a décrété le salut de certains.

Dans ce premier passage, Luc nous relate des conversions, et commente simplement le fait que ceux qui ont cru sont en fait ceux qui étaient destinés à la vie éternelle. Luc ne nous rapporte pas cela comme s’il s’agissait d’un fait extraordinaire, il semble plutôt faire une simple observation.
Actes 13.48 « Les païens se réjouissaient en entendant cela, ils glorifiaient la parole du Seigneur, et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent. »

Regardons à plusieurs passages des lettres de l’apôtre Paul.

Romains 8.28-30 « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. 29Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. 30Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » 

Et, ensuite au chapitre 9 l’apôtre affirme que si Dieu a arrêté son choix sur Jacob plutôt qu’Ésaü ce n’est pas en vertu de mérite quelconque qu’il aurait trouvé en Jacob.

Romains 9.11-13 « car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu’ils n’eussent fait ni bien ni mal, — afin que le dessein d’élection de Dieu subsistât, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, — 12il fut dit à Rébecca: L’aîné sera assujetti au plus jeune; selon qu’il est écrit: 13J’ai aimé Jacob Et j’ai haï Ésaü. »

Dans ce dernier passage, non seulement l’élection est clairement affirmée, mais il est aussi évident que ce choix ne repose que sur une décision divine, non en vertu d’une œuvre quelconque, ni passé, ni présente, ni à venir.

À nouveau Paul affirme l’élection dans l’histoire du salut même du peuple d’Israel.

Romains 11.7 « Ce qu’Israël cherche, il ne l’a pas obtenu, mais l’élection l’a obtenu, tandis que les autres ont été endurcis, 8selon qu’il est écrit: Dieu leur a donné un esprit d’assoupissement, des yeux pour ne point voir, et des oreilles pour ne point entendre, jusqu'à ce jour. » 

Dans sa lettre à l’Église d’Éphèse, Paul commence par une superbe doxologie, où il exalte la grandeur de l’œuvre du salut à la gloire de Dieu en faveur des élus.

Éphésiens 1.4-6 « En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui, 5nous ayant prédestinés dans son amour à être ses enfants d’adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté, 6à la louange de la gloire de sa grâce qu’il nous a accordée en son bien- aimé. »

Voir aussi : 1Thessaloniciens 1.4-5 « Nous savons, frères bien-aimés de Dieu, que vous avez été élus, 5notre Évangile ne vous ayant pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance, avec l’Esprit Saint, et avec une pleine persuasion; car vous n’ignorez pas que nous nous sommes montrés ainsi parmi vous, à cause de vous. »

Ainsi, l’apôtre sait que les Thessaloniciens font partie des élus parce qu’ils ont cru. 

2 Thessaloniciens 2.13 « Pour nous, frères bien-aimés du Seigneur, nous devons à votre sujet rendre continuellement grâces à Dieu, parce que Dieu vous a choisis dès le commencement pour le salut, par la sanctification de l’Esprit et parlafoienlavérité.»

À nouveau dans le passage qui suit, l’apôtre Paul affirme que l’élection ne repose pas sur une œuvre quelconque de notre part, mais entièrement selon son plan.    
2 Timothée 1.9 « par la puissance de Dieu qui nous a sauvés, et nous a adressé une sainte vocation, non à cause de nos œuvres, mais selon son propre dessein, et selon la grâce qui nous a été donnée en Jésus-Christ avant les temps éternels »

L’apôtre Pierre, à son tour affirme l’élection.
1 Pierre 1.1 « Pierre, apôtre de Jésus-Christ, à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie, 2et qui sont élus selon la prescience de Dieu le Père, par la sanctification de l’Esprit, afin qu’ils deviennent obéissants, et qu’ils participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ: que la grâce et la paix vous soient multipliées!

1 Pierre 2.9 « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière »

Enfin dans le livre de l’Apocalypse, l’apôtre Jean reçoit cette révélation que tous ceux qui n’ont pas été inscrits dans le livre de vie de l’agneau avant la fondation adoreront la bête. 

Apocalypse 13.7b-8 « Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple, toute langue, et toute nation. 8Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le livre de vie de l’agneau qui a été immolé. »

B. Comment le Nouveau Testament présente-t-il la doctrine de l’élection ?

À présent, regardons ensemble comment la doctrine de l’élection est présentée dans le NT et ce qu’elle apporte à notre foi.

1. Un réconfort

Les auteurs du NT trouvent un grand réconfort dans la connaissance du fait que Dieu est celui qui nous choisit et que son choix ne repose pas sur nos œuvres, mais sur les desseins éternels de Dieu. Ainsi, le croyant peut se reposer sur la grâce et la souveraineté de Dieu plutôt que sur ses propres performances passées et à venir.

Voir Rom. 8.28-30.

2. Une raison de louer Dieu

Comme nous le mentionnions plus haut, Paul dans sa lettre aux Éphésiens voit une source de louange extraordinaire dans le fait que nous ayons été élus, car il y voit une manifestation de la grande bonté de Dieu, de la générosité de Dieu.

Dans cette perspective l’élection nous amène à célébrer la grâce de Dieu, car elle en est l’expression même. Et, plutôt que de conduire un chrétien à s’enorgueillir de ce qu’il aurait choisi Christ, le croyant est conduit dans l’humilité reconnaissant plutôt l’amour de Dieu.

3. Un encouragement à évangéliser

Dans l’esprit du NT nous trouvons aussi une profonde motivation dans notre évangélisation dans le fait que nous avons la conviction que Dieu a élu des hommes et des femmes pour le salut, ainsi c’est donc avec la certitude que Dieu nous conduira vers ses élus et qu’il les sauvera effectivement.

Voir 2 Timothée 2.10 

C. Compréhensions erronées de la doctrine de l’élection

1. L’élection n’est ni fataliste ni mécaniste 

On accuse parfois la doctrine de l’élection de relever du fatalisme ou de présenter une conception mécaniste de l’univers.

« Le fatalisme désigne un système dans lequel les choix et les décisions des hommes ne font aucune différence. Ce qui doit arriver arrivera, quoi que nous fassions. Il est donc parfaitement inutile de tenter d’influer sur l’issue des évènements ou de nos vies par nos efforts ou nos choix, parce que ceux-ci n’y changeront rien de toute manière. Un système véritablement fataliste annihile notre humanité, car nos choix n’ont aucun effet et notre responsabilité morale est inexistante. »

« Le système mécaniste, quant à lui, présente un univers impersonnel dans lequel tout ce qui arrive a été déterminé il y a très longtemps et de façon inflexible par une force impersonnelle. Le monde obéit à un fonctionnement mécanique, de telle sorte que les humains ressemblent davantage à des machines ou à des robots qu’à des êtres vivants. Comme dans le système fataliste, la personnalité est ramenée au niveau d’une machine qui fonctionne selon des plans prédéterminés et en réaction à des causes ou des influences elles aussi prédéterminées. »

Mais le NT ne parle pas de mécanisme impersonnel, tout au contraire il nous présente un Dieu personnel qui désire le salut de créatures bien personnelles. C’est pourquoi le NT présente ceux que Dieu a choisis comme ses enfants (voir Éph. 1.5).

De même, les Saintes Écritures nous révèlent le cœur de Dieu à l’égard de ceux qui se rebellent contre lui. 

Ézéchiel 33.11 « Dis-leur: je suis vivant! dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. »

Et, le NT présente notre réponse à l’Évangile comme étant le choix de véritables personnes faisant des choix individuels.

Le Seigneur invite tous les hommes : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés et je vous donnerai du repos. » Mt. 11.28. 

Alors que pour ceux qui rejettent l’invitation de l’Évangile, Jésus dénonce leur cœur rebelle et mauvais : « vous ne voulez pas venir à moi pour recevoir la vie. » Jn 5.40.

Enfin, pour cette même raison l’importance d’annoncer le message de l’Évangile afin que plusieurs soient sauvés demeure bien entière et réelle. 

Romains 10.14,17

« Comment donc invoqueront-ils celui en qui ils n’ont pas cru? Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche? 15Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés? Selon qu’il est écrit: qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix, de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles! 16,Mais tous n’ont pas obéi à la bonne nouvelle. Aussi Ésaïe dit-il: Seigneur, qui a cru à notre prédiction? 17Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. »

2. L’élection ne se fonde pas sur la préconnaissance qu’a Dieu de notre foi 

La doctrine de l’élection étant présentée à plusieurs reprises dans le NT particulièrement, bien des gens se réconcilient avec cette doctrine en se disant que c’est parce que Dieu savait à l’avance qui accepterait de croire qu’il a pu élire des individus tout en étant juste.

Ainsi, suivant cette pensée, dans une bonne mesure le salut d’un individu repose essentiellement sur lui- même plutôt que sur Dieu. C’est Dieu qui appelle, mais selon ce qu’il y a dans une personne celle-ci sera sauvée ou non.

Le verset invoqué pour défendre cette compréhension de l’élection est généralement

Romains 8.29

« En effet, ceux que Dieu a connus d’avance, il les a aussi destinés d’avance à devenir conformes à l’image de son Fils. » 

a. Prescience de personnes, non de faits

Cependant, il nous apparait évident que d’utiliser ce verset pour démontrer que Dieu « fonde sa prédestination sur sa prescience de la foi de quelqu’un », en revient à « forcer » ce verset. Ce passage affirme que Dieu a connu des personnes d’avance, non pas qu’il a connu leur choix, il n’affirme pas non plus que ce serait en vertu de leurs choix, qu’il les aurait élus. Il est tout à fait possible que Paul emploi le verbe connaître dans le sens d’intimité, et de relation. Être connu de Dieu et connaître Dieu parle de notre communion avec Dieu. 

b. L’Écriture ne présente jamais notre foi comme une raison qui a motivé le choix de Dieu

L’apôtre Paul semble exclure explicitement toute considération de comportement humain dans le fait que le choix de Dieu se soit porté sur Jacob au détriment d’Ésaü.

Romains 9.11-13

« car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et qu’ils n’eussent fait ni bien ni mal, — afin que le dessein d’élection de Dieu subsistât, sans dépendre des œuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, — 12il fut dit à Rébecca: L’aîné sera assujetti au plus jeune; selon qu’il est écrit: 13J’ai aimé Jacob Et j’ai haï Ésaü. » 14 

c. L’élection basée sur quelque chose de bon en nous (la foi) marquerait le début du salut par le mérite 

Il semble que l’idée que Dieu aurait élu certains et d’autres non sur la base de ce qu’il aurait vu en certains ouvre la voie à un salut basé sur nos propres œuvres.

d. La prédestination basée sur la préconnaissance de Dieu n’est pas pour autant synonyme de libre choix pour l’homme

Pourtant une vision de l’élection basée sur la préconnaissance de Dieu n’implique pas nécessairement que l’homme soit libre de ses choix. En effet, cette vision de l’élection peut conduire elle aussi à un certain fatalisme en ce que si suivant la prescience de Dieu un individu a été élu, ce système n’accorde pas de véritable liberté à l’homme. Si Dieu regardant dans le futur connait le choix que chacun fera, cela implique que l’avenir est fixé, déterminé et que nous ne pouvons plus rien n’y changer, à nouveau le fatalisme peut trouver prise suivant ce raisonnement et l’homme peut conclure qu’il n’a plus qu’à se laisser aller et suivre son destin, rien n’y changera.

e. Conclusion :

l’élection est inconditionnelle
« Les quatre points que nous venons de voir nous conduisent à rejeter l’idée selon laquelle l’élection s’appuie sur la prescience divine de notre foi. Nous pouvons affirmer au contraire que la raison de l’élection réside simplement dans le choix souverain de Dieu – « il nous a destinés d’avance à être ses enfants » (Éph 1.5). Dieu nous a choisis parce qu’il a décidé de nous accorder son amour et non en prévision de notre foi ou d’un quelconque mérite en nous. »

D. Objections à la doctrine de l’élection

Cependant nous devons reconnaître que la doctrine de l’élection est loin de faire l’unanimité dans l’Église chrétienne. Nous dirons généralement que parmi les évangéliques, les chrétiens issus des milieux réformés ou calvinistes y adhèrent, de même que de nombreux luthériens, anglicans, baptistes et de nombreuses églises indépendantes. Alors que la presque totalité des méthodistes rejette cette position, ainsi que plusieurs églises baptistes, anglicanes et indépendantes.

1. L’élection signifie que nous n’avons pas le choix d’accepter Christ ou de le refuser

Selon cette objection à l’élection, cette dernière reviendrait à dire que l’homme n’a plus aucun choix à faire et qu’il n’y a plus de véritable appel de l’Évangile. Mais la position calviniste traditionnelle ne nie aucunement que l’individu ait un choix à faire. En effet, nos choix sont libres et délibérés parce qu’ils reflètent ce que nous voulons faire véritablement. Mais ceci ne veut pas dire qu’il s’agit de choix libres d’une manière absolue, libres de toute influence, libres de tout décret divin.

2. D’après cette définition de l’élection, nos choix ne sont pas de vrais choix

À présent certains diront que nous ne pouvons pas affirmer que nos choix soient de véritables choix s’ils sont influencés par Dieu. Nous pourrions avoir le sentiment que nous faisons des choix libres, mais en réalité ils seraient le fait de la volonté de Dieu et cet aspect nous serait simplement caché. Mais nous devons nous poser la question suivante : Un choix doit-il être libre de toute influence pour être véritable et authentique. Et, nous pouvons en appeler des différentes théories psychologiques biologiques de notre époque qui ont proposé tour à tour que les choix que nous faisons soient le résultat de notre développement psychologique au cours de l’enfance ou encore de notre héritage génétique. Les défenseurs des théories psychologique et génétique n’iraient pas jusqu’à dire que tous nos choix sont systématiquement conditionnés nous préservant de toute responsabilité morale de nos actes.

Enfin nous devons nous demander si la Parole de Dieu affirme à un moment quelconque que les choix de l’homme se font sans aucune influence divine et qu’il doit en être ainsi pour que les choix de l’homme soient authentiques. Les Saintes Écritures n’enseignent pas une telle doctrine.

3. La doctrine de l’élection fait de nous des marionnettes ou des robots, et non des personnes à part entière.

Certains concluront que la doctrine de l’élection revient à faire de l’homme une simple marionnette ou un simple robot. Mais la Parole de Dieu affirme clairement que l’homme a été créé à l’image de Dieu, nous voyons que sa liberté de faire des choix qu’il devra assumer le distingue particulièrement du reste de la création.

4. La doctrine de l’élection signifie que les incroyants n’ont jamais eu l’occasion de croire.

On pourrait croire comme certains le prétendent que la doctrine de l’élection entraîne le fait que celui qui ne croit pas n’a jamais eu l’occasion de croire, et que ceci nous donne un système totalement injuste. Mais il faut noter, comme nous le verrons dans les versets suivants que la Bible nous présente à de nombreuses reprises le choix que font ceux qui refusent d’écouter la Parole de l’Éternel ou les appels de Dieu.

Jean 8.43-44 « Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage? Parce que vous ne pouvez écouter ma parole. 44Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. » 15

Jean 5.40 « Vous ne voulez pas venir à moi pour recevoir la vie. »

L’Écriture affirme sans cesse que ceux qui refusent de venir à Dieu le font par leur propre choix. Et, enfin à un second niveau il convient de nous rappeler ce passage de la lettre aux romains.  

Romains 9.20

« O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: pourquoi m’as-tu fait ainsi? »

5. L’élection est injuste 

D'aucuns estimeront que la doctrine de l’élection en vient à dire que Dieu est injuste parce qu’il aurait choisi librement d’en sauver certains et de ne pas en sauver d’autres.

Mais nous devons toujours garder à l’Esprit que la simple justice de Dieu ne l’obligeait d’aucune manière à sauver qui que ce soit. Au contraire, en vertu de sa justice Dieu n’avait qu’à condamner l’humanité entière.

En fait cette accusation qui voudrait que Dieu soit injuste si en effet il a choisi ses élus, revient à dire que serait injustes d’avoir créé des êtres qu’il savait par avant pécheurs et éventuellement damnés. Ainsi, sans même en prendre conscience ces mêmes personnes qui luttent intérieurement avec la doctrine de l’élection vous diront aussi qu’il aurait été préférable que Dieu ne crée aucun homme qu’il savait par avance qu’il ne se repentirait jamais, car ils voient ici une possible cruauté de Dieu.

Ils veulent donc voir l’homme libre de toute influence divine et voudraient aussi que Dieu n’ait créé que les hommes libres qui librement choisiront de suivre Dieu, ne créant jamais les autres. Ceci ressemble étrangement à un déterminisme sévère où nous pouvons nous interroger quelle place demeure pour le choix libre de l’homme, Dieu ne créant plus que les hommes libres qui librement choisiront de faire les choix que Dieu veut.

C’est pourquoi la sagesse et l’humilité commandent que nous méditions avec soumission sur l’argument de l’apôtre Paul présenté en Romains 9. 

Romains 9.20-24 « O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: pourquoi m’as-tu fait ainsi? 21Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? 22Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition, 23et s’il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu’il a d’avance préparés pour la gloire? 24Ainsi nous a-t-il appelés, non seulement d’entre les Juifs, mais encore d’entre les païens »

Dieu est et demeure le créateur et nous sommes ses créatures, ses pensées sont au-dessus de nos pensées et il serait inapproprié d’accuser celui qui nous a créés et nous a offert le salut par le sacrifice de sont propre Fils d’une injustice quelconque.

6. La Bible déclare que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés

Enfin une dernière objection est que la Bible affirme que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés (voir 1Tim. 2.4). Il est vrai que les Saintes Écritures affirment à quelques reprises que Dieu désire le salut de tous les hommes et ces passages nous inspirent grandement dans nos prières et nos efforts d’évangélisation. Ces versets ne sont-ils pas en contradiction avec l’idée que Dieu aurait choisie certaine personne pour le salut?

Pour comprendre cette tension que nous rencontrons en lisant la Parole de Dieu, nous parlerons de la volonté révélée de Dieu et de la volonté cachée de Dieu, ou encore de la volonté générale de Dieu et des décrets de Dieu. Ainsi, ces passages expriment le fait que Dieu souffre de voir les hommes damnés et ne souhaite pas que le méchant périsse, mais ils ne parlent pas des décrets secrets de Dieu.

Le fait d’évoquer l’idée qu’il y aurait deux volontés en Dieu peut sembler aberrant en première lecture, mais bien que les tenants de l’élection sur la base de la prescience de Dieu ne le reconnaîtront pas tous croient qu’il y a deux volontés en Dieu.

« Le théologien arminien Clark Pinnock s’oppose à l’idée que Dieu aurait une volonté secrète et une volonté révélée – ce qu’il appelle « la notion extrêmement paradoxale de deux volontés divines concernant le salut ».

Mais il ne répond jamais véritablement à la question de savoir pourquoi tous ne sont pas sauvés (dans une optique arminienne). Ultimement, les arminiens doivent aussi reconnaitre qu’il existe chez Dieu une autre volonté plus forte que celle du salut de tous, car le fait est que tous ne sont pas sauvés. Les arminiens affirment que si tous les hommes ne sont pas sauvés, c’est parce que Dieu désire préserver leur libre arbitre plus qu’il ne désire les sauver. Mais n’est-ce pas aussi distinguer deux aspects de la volonté de Dieu? D’un côté Dieu veut que tous soient sauvés (1Tim 2.5-6), mais de l’autre il veut préserver le libre arbitre de l’homme. En fait, il veut le second plus que le premier. Or cela signifie que les arminiens doivent aussi reconnaître que ces passages bibliques ne signifient pas que Dieu veut le salut de tout homme de façon absolue. Il leur faut aussi convenir que ces textes ne parlent que d’un aspect de la volonté de Dieu. »

E. La doctrine de la réprobation 

Le fait que Dieu choisit certaines personnes pour le salut implique inévitablement qu’il décide de ne pas en sauver d’autres. En théologie nous pouvons appeler ceci la réprobation.

Définition : La réprobation est la décision souveraine prise par Dieu avant la création de laisser de côté certaines personnes, choisissant de ne pas les sauver, en quelque sorte à son corps défendant, mais de les punir pour leurs péchés, et manifester par là sa justice.

Tous les chrétiens, quelle que soit leur compréhension de l’élection reconnaîtront que la réprobation est certainement l’un des aspects de la révélation les plus difficiles à saisir et à accepter. Les chrétiens savent que tous les hommes ont été créés à l’image de Dieu, et nous souhaiterions naturellement que la même grâce soit étendue à tous les hommes, ou presque.

Pourtant en méditant et étudiant la Bible nous pouvons en venir à saisir que Dieu choisit de manifester sa grâce et sa justice à travers l’histoire de la rédemption.

La Bible affirme clairement que certains hommes ont été réprouvés par Dieu.

Jude 4 « Car il s’est glissé parmi vous certains hommes, dont la condamnation est écrite depuis longtemps, des impies, qui changent la grâce de notre Dieu en dissolution, et qui renient notre seul maître et Seigneur Jésus-Christ. »

De même, voyons ce que Paul dit concernant Pharaon. 

Romains 9.17-22 « Car l’Écriture dit à Pharaon: Je t’ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre. 18Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. 19Tu me diras: Pourquoi blâme-t-il encore? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté? 20O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu? Le vase d’argile dira-t-il à celui qui l’a formé: Pourquoi m’as-tu fait ainsi? 21Le potier n’est-il pas maître de l’argile, pour faire avec la même masse un vase d’honneur et un vase d’un usage vil? 22Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition »

Dans cette perspective nous voyons aussi Jésus remercier Dieu d’avoir révélé et caché la vérité à certains. 

Matthieu 11.25-26 « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. 26Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi. »20

Ainsi par l’élection et la réprobation Dieu manifeste sa miséricorde et sa justice, de plus il manifeste sa souveraineté malgré la responsabilité humaine.

Et, il ne faudrait pas penser que Dieu agit ainsi avec légèreté comme si les êtres humains n’étaient à ses yeux que des pions sur un grand échiquier. Nous voyons clairement dans le livre d’Ézéchiel, par exemple, que Dieu n’agit pas avec légèreté et ne prend pas plaisir à la mort du méchant (Ézéchiel 33.11). Et, l’apôtre Paul, à son tour nous démontre le genre d’attitude que nous devons avoir à l’égard de ceux qui expriment ouvertement une grande rébellion à l’égard de Dieu. 

Romains 9.1-4 « Je dis la vérité en Christ, je ne mens point, ma conscience m’en rend témoignage par le Saint-Esprit: 2J’éprouve une grande tristesse, et j’ai dans le coeur un chagrin continuel. 3Car je voudrais moi-même être anathème et séparé de Christ pour mes frères, mes parents selon la chair, 4qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption, et la gloire, et les alliances, et la loi, et le culte »

En conclusion nous pouvons dire que la doctrine de l’élection est à la fois rassurante et exaltante, qu’elle nous pousse à l’humilité et à l’adoration, et qu’elle nous motive à l’intercession et la proclamation de l’Évangile.